Poisson Gale
Unique poisson d'eau douce endémique de la Martinique, l’Anablepsoides cryptocallus est plus connu localement sous son nom vernaculaire de "Poisson Gale".
En danger dans son habitat, il est impératif pour l'aquariophile averti-e de n'acquérir que des poissons élevés en captivité afin d'en assurer sa diffusion parmi les amateurs et amatrices confirmées pour contrecarrer la collecte sauvage préjudiciable à l'espèce.


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Taxinomie
Descripteur : Segeers & Huber, 1981
Classe: Actinopterygii
Ordre: Cyprinodontiformes
Famille:  Nothobranchiidae
Genre:  Anablepsoides
Synonymes
Rivulus cryptocallus Seegers, 1980
Rivulus cryptocalus Seegers, 1980
Noms Communs
Poisson Gale
Membres du genre Anablepsoides
Anablepsoides ornatus (Garman, 1895)
Anablepsoides cryptocallus (Segeers & Huber, 1981)
Anablepsoides erberi (Berkenkamp, 1989)
Anablepsoides limoncochae (Hoedeman, 1962)
Origine géographique
Aire d'origine : Antilles
Martinique
Anablepsoides cryptocallus est un poisson d'eau douce endémique de l'île de la Martinique (Seegers et Huber 1980, Huber 1992, Walter et al. 2011, Nielsen 2016).
La localité type de cette espèce est le ravin de Vilaine, sur l'île de la Martinique (Costa 2003).

L'étendue de l'occurrence (EOO) est estimée à 426 km², d'après un polygone convexe minimal calculé autour de tous les sites de collecte connus (Biotope 2020). La zone d'occupation (AOO) ne devrait pas dépasser 60 km², d'après une grille de 2 km² superposée à tous les sites de collecte connus (Biotope 2020). Treize sites de collecte actuels sont connus, d'après des études récentes par observation directe et analyse d'ADN environnemental (Biotope 2020).

Le genre Anablepsoides possède une vaste distribution géographique sud-américaine et caribéenne. Acryptocallus est le taxon le plus excentré du genre vers le nord-est, et le seul présent dans l’arc antillais. Depuis la description de l’espèce en 1980, aucune étude spécifique n’a été réalisée. La situation insulaire particulière de ce poisson pose question au sein d’un genre très majoritairement continental.
En dehors de la Martinique où elle est très rare, l’espèce a été signalée à Sainte Lucie, sans que cela soit formellement attesté (absence de preuve formelle).
Environnement
Paramètres
Milieu
Douce
Température
22 à 26 °C
Anablepsoides cryptocallus a un style de vie cryptique, vivant dans des bras morts de rivière ou des zones humides, s’enfouissant dans la boue, le rendant très difficile à observer.

Cette espèce benthopélagique Se dit d'un organisme vivant et se nourrissant près du fond ainsi que dans les eaux moyennes ou près de la surface.non migratrice est limitée aux petits ruisseaux, fossés, mares, flaques et eaux stagnantes caractérisées par une variation saisonnière importante, une interaction prédatrice limitée voire inexistante, et des températures de l'eau comprises entre 22°C et 26°C (Baensch et Riehl 1985, Biotope 2020).

Présent préférentiellement dans les milieux abrités du courant et encombrés de végétaux semi-aquatiques, on le rencontre aussi bien dans les plaines que sur le piémont des cours d’eau de la zone centrale de l’île, qui a été identifiée comme le noyau de la population, tant par la diversité que par l’extension spatiale des milieux humides qu’elle offre.
Ce poisson très rustique peut survivre hors de l’eau, voire s’y déplacer par bonds successifs, tant que les conditions restent humides. Les œufs pondus fréquemment seraient résistants aux "à sec" pour n’éclore qu’à la remise en eau du milieu.

Sites connus d'après G. Schreiber, à la suite de son expédition avec P. Agricole en Juin 1978:
- Rivière Blanche (bassin de la Kézarde). À 10 km au nord/nord-est de Fort de France, au Morne des Olives. Rives dormantes de la rivière, très herbeuses. Profondeur jusqu'à 50 cm.
- Tivoli (bassin de la rivière Madame). À 4km au nord de Fort de France, sur les terres de l'Ecole Agricole. Beaucoup de Poecilia reticulata et Oreochromis mossambicus introduits par l'homme.
- Petit bourg (bassin de la manche). à 11 km au sud est de Fort de France. En plus des espèces déjà citées, on note la présence de Poecilia vivipara.
- Fond Giromonde. Dans la forêt dense, à 19 km à l'est /sud est de Fort de France. Beaucoup de grands individus dans une eau claire fortement courante.
- Rivière Prospérité, Quartier Rousseau (bassin de la rivière Monsieur). À 3 km au nord-est de Fort de France, dans les faubourg de la capitale. Rivière peu courante. Même faune sympatrique.
Critère : B1ab(ii,iii,iv,v)+2ab(ii,iii,iv,v)
Anablepsoides cryptocallus est une espèce d'eau douce endémique de l'île de la Martinique. Son aire de répartition (EOO) est estimée à 1 517 km² et sa zone d'occupation (AOO) à 52 km².
La taille totale de la population est inconnue, mais on suppose qu'elle est en déclin.
Depuis 1992, 73 à 82 % des sites de collecte connus ont disparu, notamment dans les zones urbaines et périurbaines autour de Fort-de-France. Les menaces actuelles comprennent la destruction de l'habitat liée à l'urbanisation, les pratiques agricoles intensives, la modification des cours d'eau due à l'irrigation, la pollution domestique et agricole, la pression de collecte liée aux aquariums d'ornement, les changements climatiques et l'augmentation de la fréquence des sécheresses, ainsi que les impacts écologiques potentiels liés aux espèces non indigènes déjà établies (par exemple, Poecilia reticulata, Poecilia vivipara, Xiphophorus helleri).

Malgré les incertitudes concernant l'impact direct, la portée et l'ampleur des menaces actuelles, un déclin continu de l'aire de répartition, du nombre d'individus matures, des localités et de la qualité de l'habitat est constaté. Treize localités de collecte sont actuellement connues, d'après des inventaires récents par observation directe et analyse d'ADN environnemental. Les sous-populations sont considérées comme fortement fragmentées, les échanges génétiques entre les sites de collecte étant limités voire inexistants, en raison du développement agricole et urbain qui a détruit une grande partie de l'habitat historique de cette espèce. Les menaces actuelles sont susceptibles d'affecter les sites de collecte indépendamment les uns des autres ; c'est pourquoi on dénombre treize localités menacées. De ce fait, A. cryptocallus est classée comme espèce en danger selon les critères B1ab(ii,iii,iv,v)c(ii)+2b(ii,iii,iv,v)c(ii).

Les impacts directs des menaces actuelles sur A. cryptocallus sont bien connus. On observe un déclin continu de l'intégrité écologique des écosystèmes d'eau douce en Martinique. La Martinique est une île à forte densité de population (335 ha/km²). Les systèmes d'assainissement collectifs et individuels y sont inefficaces. Les établissements humains, souvent dispersés, contribuent fortement à la pollution des milieux aquatiques d'eau douce par les rejets d'eaux usées et le ruissellement (Biotope 2020). Ce phénomène est particulièrement visible dans les petits cours d'eau, habitat principal d' A. cryptocallus (Biotope 2020).

L'économie de la Martinique repose en grande partie sur la production agricole (bananes, canne à sucre et ananas) et sur l'afflux de près d'un million de touristes par an (Schleupner 2008). Dans certaines zones impactées par les activités agricoles, on observe des changements au sein de la communauté d'invertébrés, avec une transition d'espèces sensibles à la pollution vers des espèces tolérantes, liés à l'augmentation des concentrations d'ammonium et de matières en suspension (Bernadet et al. 2013). La persistance des pesticides organochlorés utilisés par le passé dans les cultures de bananes continue d'affecter l'habitat aquatique côtier (Dromard et al. 2016, 2019). Le développement du littoral martiniquais devrait se poursuivre afin de soutenir le développement du tourisme et des infrastructures résidentielles (Schleupner 2008). Plusieurs espèces de poissons non indigènes ont établi des populations permanentes en Martinique et occupent régulièrement le même habitat qu'A. cryptocallus. Ces poissons sont plus largement répartis et plus nombreux qu'A. cryptocallus (Biotope 2020).
Les étangs permanents sont dominés par P. reticulata et A. cryptocallus y est généralement absent (Biotope 2020). Plusieurs espèces d'escargots non indigènes se sont implantées dans les eaux douces de Martinique. Introduites pour lutter contre la prolifération des hôtes intermédiaires de la schistosomiase (Pointier 2001), leurs impacts sur l'écologie trophique des écosystèmes d'eau douce restent toutefois inconnus. Les modifications d'habitats liées au changement climatique, à l'élévation du niveau de la mer et à l'augmentation de la fréquence des sécheresses sévères constituent des menaces futures (Schleupner 2008).

Les menaces existantes sont susceptibles d'affecter les sites de collecte indépendamment les uns des autres ; on compte donc treize sites menacés. Les sous-populations sont considérées comme fortement fragmentées en raison de la spécificité et de la rareté de leur habitat (petits cours d'eau ou étangs). Les échanges génétiques entre les sites de collecte sont limités, voire inexistants, du fait du développement agricole et urbain qui a détruit une grande partie de l'habitat historique de cette espèce (Biotope 2020).

Il n'existe actuellement aucune mesure de conservation spécifique à l'espèce A. cryptocallus . Son aire de répartition s'étend jusqu'au Parc naturel régional de la Martinique (UICN et PNUE-WCMC 2020). Les mesures d'atténuation recommandées comprennent la protection des habitats et des sites, la réglementation des prélèvements pour les populations sauvages, ainsi que la poursuite des efforts d'éducation et de sensibilisation afin de préserver l'état de conservation de cette espèce. Des recherches complémentaires sur la taille et l'évolution des populations, ainsi que sur l'impact direct des menaces existantes, seraient utiles pour évaluer le risque d'extinction de cette espèce.
Description
Taille
: 7 à 8,5 cm SL  
: 6 à 7,5 cm SL
Respiration
Branchiale
Longévité
3 à 4 ans
Régime
Carnivore
La coloration de cette espèce varie fortement en fonction des conditions d'élevage et peut devenir très terne dans de mauvaises conditions.

Les mâles présentent un dos marron foncé, des flancs bleu-violet, chaque écaille étant ornée d'un point marron-ocre.
Les nageoires pectorales sont grises, la dorsale est grise près de la base puis ocre. Cette dernière est bordée d'une fine bande noire, comme toutes les autres nageoires. La caudale est gris foncé, avec une bande submarginale ocre dans la partie supérieure et inférieure, et une bande marginale noire. L'anale et les ventrales sont ocre-orangé avec une fine bande marginale noire.
L'iris est bleu foncé.

Les femelles possèdent un corps marron, avec une bande longitudinale plus foncée partant du sommet de la tête jusqu'à la base de la dorsale.
Toutes les nageoires sont grises.
 
Régime Alimentaire
Anablepsoides cryptocallus est essentiellement un carnivore opportuniste.

Sa bouche orientée vers le haut indique une alimentation en surface, très probablement constituée de petits invertébrés, insectes aquatiques et terrestres tombés à l'eau.

En aquarium, il faudra lui fournir régulièrement en surface des proies vivantes (vers, moucherons, larves de moustiques...) bien qu'il semble accepter la nourriture congelée, et même certaines nourritures sèches.
Dimorphisme
Les mâles présentent parfois un reflet bleu tandis que les femelles, comme beaucoup de Rivulus, portent une tache noire à la naissance de la nageoire caudale.

La taille de la femelle est légèrement inférieure à celle du mâle.
Dangerosité
 
 
 Aucun
Maintenance
Population
3 minimum (6 recommandé)
Zone
Centrale, Supérieure
Ratio M/F
1 / 2
Paramètres
Température
        20      22              26      28
pH
         6      6,5            7,5      8
GH
         8       10              15       20
Brassage
Aquarium
Volume
50 l minimum (80 l recommandé)
L'espèce affectionne particulièrement les zones humides, de plus ou moins grandes tailles (fossés, mares et bras morts de cours d’eau), avec de faibles courants et une forte végétalisation des rives.
Il a aussi été mis en évidence l'importance des variations saisonnières pour l'espèce.

L'aquarium que nous lui proposerons sera donc lentique, abondamment planté et soumis aux variations saisonnières.

Attention ! : Ce poisson très rustique peut survivre hors de l’eau, voire s’y déplacer par bonds successifs, tant que les conditions restent humides.
Une bonne couverture sera donc nécessaire car leur capacité à sauter, même par la plus petite ouverture, est avéré.
Il doit vraisemblablement cette capacité à l'assèchement de son milieu durant la saison sèche.

Disponibilité commerciale : Très rare

Attention ! : Le poisson Gale ne bénéficie à ce jour d’aucune protection. Il est pourtant le seul poisson d’eau douce endémique de la Martinique et sa présence n’est malheureusement connue que sur quelques rares stations. Il constitue donc pour ces raisons un enjeu élevé de conservation pour la Martinique.

Les œufs et les individus adultes font cependant l'objet d'un commerce national et international entre les aquariophiles. toutefois, le volume annuel de prélèvements issus des populations sauvages demeure inconnu.

On veillera donc à n'acquérir que des poissons élevés en captivité afin de ne pas augmenter le volume des prélèvements en milieu naturel.
Reproduction
Type
Ovipare
Difficulté
Courante
Paramètres
Température
24 à 28 °C
pH
6 à 7
GH
10 à 15 °GH
Les œufs du Poisson gale, pondus toute l'année seraient résistants aux "à sec" pour n’éclore qu’à la remise en eau du milieu.

Cette espèce peut, si l'espace le permet, être maintenue dans un aquarium avec plusieurs mâles et quelques femelles.
Attention toutefois : si elles sont séparées puis réunies, elles peuvent se montrer très agressives entre elles et se battre pour la domination.

Pour obtenir une descendance nombreuse, il est conseillé de placer un couple ou un trio dans un petit aquarium d'au moins quinze litres, équipé d'un petit filtre ou d'un système d'aération. L’ eau utilisée doit avoir un pH légèrement acide.
Le fond doit être recouvert de terre tourbeuse ou, pour certains, de sable de loire grossier agrémenté d'un tapis de feuilles mortes, et un support flottant, comme la mousse naturelle (riccia, java...) ou synthétiques, peut servir de support à la ponte.
Après un changement d'eau, et si leur alimentation est riche et variée, les Poissons gale se reproduiront tout au long de leur vie adulte et pondront quotidiennement entre cinq et quinze œufs.

Attention ! : Si le frai est indispensable au bien-être animal, et doit être un des objectifs de tout aquariophile, il faut bien avoir en tête que la reproduction engendre des bouches supplémentaires à nourrir, du volume en plus et des territoires à prévoir chez certaines espèces.
On devra donc envisager le placement des individus supplémentaires avec le plus grand soin.
De plus, des reproductions continues affaiblissent les poissons et écourtent leur espérance de vie.
Dans la nature, la plupart des espèces dites "reproducteurs continus" sont soumises en réalité aux variations saisonnières et ne se reproduisent de fait, qu'une ou deux fois par an.

Les œufs doivent être ramassés à la main et conservés pendant environ quinze jours (10 à 20 selon la température) dans un petit récipient. Les oeufs sont gros. Ils mesurent un centimètre et demi et sont de couleur ambrée.
Il est parfois conseillé d'ajouter un peu d'acryflavine (antifongique) à l'eau de conservation pour prévenir le développement de champignons. Dans un bac naturel bien pensé, cela n'est pas nécessaire.

On peut aussi laisser faire la nature et laisser les larves dans le bac. Dans ce cas, le tapis de feuilles sera tout indiqué, servant de cachette et de réserve de nourriture.

Après l'éclosion, les jeunes alevins peuvent se nourrir sans problème de paramécies et, rapidement, de nauplies d'artémias fraîchement écloses.

Note : Il faut compter quatre à cinq mois pour les élever jusqu'à maturité selon les uns, et jusqu'à neuf mois pour les autres.

Souvent, il semble que le nombre de mâles soit bien supérieur à celui des femelles.

Pour certaines espèces, cela peut représenter un problème majeur pour l'éleveur, car il doit élever de nombreux jeunes poissons et ainsi pouvoir distribuer quelques couples à d'autres aquariophiles.
Il semble qu'un pH plus bas au moment de l'éclosion favorisait un pourcentage plus élevé de femelles.
Commentaires
Etymologie : Anablepsoides du grec ancien ἀναβλέπω (anablépô) "regarder en haut", mais ici du nom d'une espèce de poisson, l'Anableps et -oïdes, de εἶδος (eîdos) "forme, aspect", ici, qui ressemble à l'Anableps... Et cryptocallus du grec ancien κρυπτός (kruptós) "couvert, caché " et, dans ce cas, du mot grec kalos (καλός) "bon, beau".
Références
IUCN, GBIF,
Fishbase, KCF,
Observatoire Martiniquais de la Biodiversité
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Pour citer cette fiche :"Anablepsoides cryptocallus, Segeers & Huber, 1981" B-Aqua / GP (2026)