Guppy Endler, Guppy de Campoma, Guppy Picasso.
Un petit guppy prolifique, très prisé en aquariophilie, avec de nombreuses sélections de lignées aux motifs colorés.

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Poecilia wingei
Taxinomie
Descripteur : Poeser, Kempkes & Isbrücker, 2005
Classe: Actinopterygii
Ordre: Cyprinodontiformes
Famille:  Poeciliidae
Genre:  Poecilia
Noms Communs
Guppy Endler, Guppy de Campoma, Guppy Picasso.
Membres du genre Poecilia
Poecilia picta (Regan, 1913)
Poecilia petenensis (Günther 1866)
Poecilia caucana (Steindachner, 1880)
Poecilia chica (Miller,1975)
Poecilia formosa (Girard, 1859)
Poecilia latipinna (Lesueur, 1821)
Poecilia obscura (Meyer et Schartl, 2009)
Poecilia Orri (Fowler, 1943)
Poecilia reticulata (Peters, 1859)
Poecilia salvatoris (Regan, 1907)
Poecilia sphenops (Cuvier et Valenciennes, 1846)
Poecilia velifera (Regan, 1914)
Poecilia wingei (Poeser, Kempkes & Isbrücker, 2005)
Poecilia mexicana (Steindachner 1863)
Origine géographique
Aire d'origine : Amérique du sud
Venezuela
Aire actuelle
Introduit en Europe,en Amérique du Nord (Floride), à Hong Kong et au Japon.
Nord-ouest de l’état de Sucre, au pied de la péninsule de Paría, zone lagunaire de Campoma, près de Cumana et de Buena Vista (Venezuela)
Laguna de Patos au Nord-Est du Venezuela
Environnement
Paramètres
Milieu
Eau douce, benthopélagique, Se dit d'un organisme vivant et se nourrissant près du fond ainsi que dans les eaux moyennes ou près de la surface. tropical. Il vit dans trois systèmes côtier du nord du Vénézuela, au sein du bassin de la mer des Caraïbes. Sa distribution est restreinte.
Dans cet espace, il fréquente une large répartition de biotopes, allant d’eau noire acide à des eaux légèrement saumâtres en passant par des eaux stagnantes des égouts. Son environnement typique est fait d’eau plus ou moins stagnante, à faible courant, de un à 3 mètres de large, et de 20cm à 1 mètre de profondeur, riche en algues planctoniques, dans des régions faiblement boisées, aux rives ombragées par des arbres. Les Endler se tiennent souvent près des berges.
Celles-ci comportent une abondante végétation aquatique, l’eau est riche en matières organiques, de couleur rougeâtre et sombre.
La salinité épisodique de certaines zones s’explique par le fait que dans la partie aval ou estuaire du fleuve Rio Campoma, le courant peut s’inverser et l’eau remonter le fleuve en saison sèche, lors d’une élévation oscillatoire du niveau de la mer, dans la partie la plus orientale du golfe de Cariaco. Dans ce cas, la salinité peut atteindre 27/‰ et la température 28,5°C.
Les zones côtières sont également connectées par un réseau de canaux naturels variables à des zones lagunaires.

On le trouve aussi dans des villes et villages occupant les collectes d’eaux pluviales, où souvent les égouts débordent, ce qui peut - hélas- en faire un bon indicateur de mauvaise qualité de l’eau !

Espèces trouvées dans le milieu naturel : Catoprion sp., Crenicichla sp., Cichlasoma sp., Rivulus sp., Ampullaria sp.,
La population d’origine, depuis les années 1970, décline. Une des causes principales est l’hybridation avec P.reticulata, introduit dans son aire de répartition restreinte, de 1172 km2. Il est difficile ensuite de dénombrer les individus typiquement wingei des « Endlers », hybrides, qui montrent peu de différences, si ce n’est à l’échelle moléculaire.

D’autres introductions d’espèces invasives comme le Tilapia noir (Oreochromis mossambicus) prédateur opportuniste qui appauvrit les écosystèmes, peuvent faire des ravages dans la population de wingei originellement peu menacée. (IUCN : « cette espèce a été introduite dans le système de La Laguna de Los Patos en 1964, à des fins expérimentales. Douze ans apèrs, on constate la disparition ou le déplacement de 74% des espèces de poissons auparavant présentes dans cet écosystème littoral). Une autre espèce introduite, le Cichlidé du Venezuela Vaquetaia kraussii (Mojarra de Rio), présente des caractéristiques écologiques similaires à celles du Tilapia, en termes d’impacts sur la faune indigène ; sa présence pourrait avoir une incidence notable sur les populations de P.wingei.

L’autre problème vient de la fréquence croissante des sécheresses prolongées et intenses, sous l’effet du réchauffement global, qui font monter la température de l’eau à plus de 35°C des milieux fermés, provoquant de nombreuses mortalités dues à l’anoxie, allant parfois jusqu’à l’assèchement total du milieu.

Enfin, l’urbanisation, la destruction de l’habitat ont un impact important. Des modifications des mangroves par coupes de bois, remblais des lagunes pour agrandir des terres, ont généré une augmentation démographique des populations humaines, vivant dans des conditions insalubres entrainant des augmentations de pollutions locales, de la salinité et assèchements de milieux. Par exemple, des stations d’épuration ont été installées au sein même des lagunes, près de Cumaná. Un déversoir sur le Rio Manzanares, destiné à prévenir les inondations, se jette dans la rive droite de la Laguna Punta Delgada où vit P.wingei.
D’autres menaces sont les pollutions diverses dont les rejets agricoles et industriels, l’érosion importante des sols qui provoque un transport sédimentaire important et une obstruction des embouchures naturelles des fleuves, mais aussi les prélèvements intenses de spécimens « d’origine sauvage» pour le commerce aquariophile, souvent illégalement, dans une région peu contrôlée, ce qui fragilise sa population.
Description
Taille
: 1,8 à 2,2 cm SL  
: 2,7 à 3 cm SL
Respiration
Branchiale
Longévité
2 à 3 ans
Régime
Omnivore
Taille moyenne : mâles 19,6mm (18,8-21-3), femelles : 29 mm (26,9-30mm)Rayons mous dorsaux (total) : 6 à 7 ; rayons mous anaux  : 9. Dimorphisme sexuel marqué, avec mâles polychromatiques et femelles uniformes.

Il diffère du P.reticulata par les caractères suivants :
- Large bande médiane de mélanophores Cellules pigmentaires contenant les pigments mélaniques noirs ou bruns mais non capable de fabriquer la mélanine.chez le mâle ou motif noir « en virgule » plus ou moins marqué sur le côté du corps.
- Bande noire à l ‘extrémité antérieure du pédoncule caudal
- Deux taches métalliques interconnectées sur le pédoncule caudal, côté droit. Écailles comportant de nombreux mélanophores Cellules pigmentaires contenant les pigments mélaniques noirs ou bruns mais non capable de fabriquer la mélanine.qui assombrissent le corps et forment une tache diffuse entre les nageoires ventrales et pectorales. Motif similaire à gauche, mais la tache diffuse est allongée, bordant une coloration métallique du corps.
- Bord supérieur de la caudale légèrement élargi et foncé, partie supérieure avec petites taches noires, bord inférieur pigmenté à la base avec fine ligne noire qui borde le bord inférieur de la nageoire, entourée d’une zone blanche.
- Le gonopode Le gonopode est un organe reproducteur mâle issu d'une modification d'appendices qui sont originellement des nageoires.contient un grand nombre de mélanophores Cellules pigmentaires contenant les pigments mélaniques noirs ou bruns mais non capable de fabriquer la mélanine.qui s’étendent jusqu’au palpe gonopodial.
- Le palpe gonopodial dépasse nettement l’extrémité du gonopode, Le gonopode est un organe reproducteur mâle issu d'une modification d'appendices qui sont originellement des nageoires. lequel est dépourvu de crochet terminal sur le 3ème rayon.
- 14 (contre 16 ou plus) écailles autour du pédoncule caudal,
Chez la femelle, la pigmentation métallique est plus intense que chez P.reticulata. La nageoire anale comporte 9 rayons et moins de 8 à la dorsale.
 
Dimorphisme
Le mâle est très coloré, la femelle de couleur plutôt beige a des reflets métalliques.
Maintenance
Population
4 minimum
Zone
Centrale, Supérieure
Ratio M/F
1 / 3
Paramètres
Température
              22                       24
pH
         6      7            8,5      8,5
GH
         8       3              20       18
Aquarium
Volume
50 l minimum (80 l recommandé)
Longueur
60 cm minimum (80 cm recommandé)
Le volume est donné à titre indicatif, en fonction d’un nombre d’individus minimum, conditionné par le mode de vie de l'espèce, et à l’exclusion d’autres espèces.
En clair, si on convoite deux espèces nécessitant cent litres chacune, cela fait un volume deux cents litres à partager , en particulier si elles occupent les mêmes espaces de nage !

Le Guppy wingei est un poisson très vif, résistant, qui convient aux estives en poubellarium et aux bacs de type ANP ou low-tech. Très prolifique, on choisira pour le volume minimum un harem de 1 mâle pour 2-3 femelles (ou plusieurs harem si le volume est supérieur, adapté) avec un aquarium planté, comportant un couvercle. En effet, c’est un très bon sauteur qui se nourrit de petits insectes tombés dans l’eau.
Il dort au fond du bac, attention à ne pas le mettre avec des prédateurs ou poissons de fond remuants (corydoras).

La présence de plantes constitue des cachettes pour les femelles, ainsi qu’une source de micro organismes pour les alevins. Un décor naturel avec racines, roches, sur un fond de sable naturel type sable de Loire, voire sable fin, pourra compléter la décoration. Evitez les plantes en plastique, stressantes et coupantes pour les animaux, ainsi que les décors colorés (le célèbre coffre à bulles ou épaves diverses) qui relarguent des polluants sur le long terme !

Dans leur milieu, les femelles « broutent » continuellement le sol limoneux, en petits groupes de 6 à 10 individus, sur une surface de 100cm2, avant de se déplacer. Les femelles peuvent se chasser mutuellement, selon leur taille, avec rarement des conséquences de blessure.

La température de l’eau sera en moyenne de 24°C, propre et dépourvue de polluants type nitrates ou nitrites. Attention à bien laisser reposer 24-48 heures l’eau du robinet si on utilise cette eau, pour éliminer le chlore, très toxique.

Le guppy wingei accepte la nourriture du commerce, adaptée à sa petite bouche d’omnivore. On pourra alterner avec des proies vivantes et congelées de petite taille, ainsi que des légumes pochés, émiettés pour plus de facilité de consommation, en veillant à ne pas polluer l’eau du bac. Il suffit d'en donner en petite quantité, vite consommée, de préférence avant un changement d'eau prévu ou d'aspirer le surplus.

On choisira, dans un aquarium communautaire, des espèces paisibles, non prédatrices, vivant dans une zone de nage différente.

Enfin, attention à sa maintenance faussement « facile ». En effet, on le trouve fréquemment en animalerie, ses couleurs attrayantes le rendent populaire auprès des débutants et attirent les enfants. Sa petite taille laisse penser qu’on peut le mettre en petit bac, et il est souvent présenté dans des petits aquarium de vente, avec plantes en plastique et fond de sable coloré artificiellement. Or, comme tout être vivant dont on a la charge, il faut tenir compte de ses besoins, pour son bien-être et non celui de l’acheteur! Sa grande résistance n’empêche pas les maladies…et il sera bien plus fascinant à observer dans un bac naturel, bien planté, de taille convenable, dont les propriétés sont décrites plus haut sur cette fiche.

De plus, comme tous les guppies, il est prolifique ! S'il est mis dans un espace trop petit, l’amateur va vite se retrouver débordé par les naissances et une population importante ! Attention à ce sujet à la qualité de l’eau qui doit rester irréprochable, d’autant que les variétés ultra sélectionnées sont fragiles. Et, bien entendu, à ne pas le relâcher dans la nature, ce qui est non seulement interdit mais préjudiciable pour les écosystèmes locaux.

Disponibilité commerciale : Commun

Reproduction
Type
Ovovivipare
Difficulté
Courante
Paramètres
Température
25 °C
GH
12 °GH
Très facile à reproduire, le guppy est un ovovivipare, moins agressif que le P.reticulata. On veillera à maintenir des guppies de même souche, pour éviter de saper le travail des éleveurs et leurs sélections, à moins de vouloir tenter soi-même cette expérience.
La reproduction peut avoir lieu dans l’aquarium de vie. Dans leur milieu, les femelles s’affrontent dans de petits groupes de 6 à 10 individus, tandis que deux ou 3 mâles restent à proximité, ce qui a conduit les chercheurs à l’idée qu’elles opèrent des sélections sexuelles par compétition.
Les mâles intensifient leur parades nuptiales en nage de forme sigmoïde, lorsque les groupes sont importants (plus de 40 adultes). Dans les petits groupes, les femelles reconnaissent les mâles et il y a moins de sélection.
Les étapes de la parades ont été décrits par les scientifiques selon les étapes suivantes, avec des différences constatées (notées *) par rapport aux parades de P.reticulata :
1 - Le mâle se place sous la femelle et sa coloration s’assombrit (* temps plus long).
2 - puis il cherche à se rendre visible en se plaçant face à face
3 - il effectue ensuite sa nage sigmoïde, durant laquelle il montre ses deux côtés à la femelle.
4 - Si la femelle est consentante, ce qu’elle montre en flottant lentement devant le mâle(* au lieu de fuir dès le début dans le cas des femelles P.reticulata, harcelées par les mâles), il l’encercle et tente de copuler, gonopode Le gonopode est un organe reproducteur mâle issu d'une modification d'appendices qui sont originellement des nageoires.vers l’avant.

Chez P.reticulata, la femelle montre dès le début ses intentions ou non de s’accoupler, chez P.wingei, le mâle ne la poursuit pas et est moins agressif. On peut rapprocher ce comportement du fait que la femelle a au préalable sélectionné le mâle !

Dans le cas des guppies, en général, il faut penser au devenir des jeunes, car ce sont des espèces prolifiques ! Leur élevage est relativement simple, puisqu’ils naissent déjà formés, prêts à se nourrir de nauplies d’artemias, de cyclops, de petits granulés émiettés, à une fréquence de 4 à 6 fois / jour, en petite quantité.
Commentaires
Etymologie : Poecilia : du grec poikilos = « avec beaucoup de couleurs » ;  wingei : nommé en l'honneur du Dr Øjvind Winge pour ses travaux sur la génétique des guppies.

Le nom de Endler vient du professeur John Endler, de l’Université de Santa Barbara, qui a ramené les premiers spécimens aux Etats-Unis en 1975. Ce nom est utilisé en France pour désigner les hybrides entre P.reticulata et P.wingei, d'où la. majuscule à Endler, pour montrer qu'il ne s'agit pas d'une espèce.

La séparation entre les deux espèces étroitement apparentées, wingei et reticulata, puis spéciation remonterait à -4 millions d’années, antérieure au soulèvement de la Cordillère des Andes. Les Cordillères de la Costa séparent les deux espèces, ce qui suppose que leur formation aurait créé une barrière géographique à l’origine de la spéciation.
Pourtant les deux peuvent encore s’hybrider. Malgré cela, la répartition très localisée du wingei et ses caractéristiques en font bel et bien une espèce à part entière.
On soupçonne d’ailleurs que la présence locale des P.reticulata soit une introduction. Seule la barrière reproductive, c’est à dire le choix des femelles, limite l’hybridation. En effet, ces dernières choisissent de préférence des mâles très colorés, aux motifs noirs « en virgule », en l’absence de prédateurs, leurs couleurs rendant les mâles vulnérables. La différence de coloration de ces dernières pourrait résulter d’une mutation ou accumulation de mutation sur les gènes responsables des iridocytes, à l’origine des couleurs métalliques. La bande noire médiane varie au sein des régions où l’on trouve P.wingei, ce qui laisse penser qu’elle serait apparue plus tardivement, là encore sous la pression de sélection des femelles, cette « virgule » mettant en valeur les couleurs iridescentes.

Le « paradoxe des guppies de Trinidad et Tobago », où les sélections sont liées aux hybridations entre les deux espèces wingei et reticulata, montre une différenciation génétique moins marquée. Dans la région d’origine du wingei, le milieu est relativement protégé de l’invasion de reticulata, entre autres par la sélection sexuelle effectuée par les femelles. A Trinidad & Tobago, l’Orenoque assure probablement un apport continu de guppies « classiques », lors de débordements par son débit variable, ce qui a « dilué »la spéciation des wingei, depuis au moins 10 000 ans.
L’isolement reproductif des wingei dans la région de Cumanà est cependant relatif, on pense que depuis les années 1970 il y a eu des introductions de guppies reticulata. Malgré la sélection sexuelle effectuée par les femelles, il arrive qu’il y ait des copulations furtives par P.reticulata.

La couleur des guppies est essentiellement portée par le chromosome Y, ce qui explique qu’elle se transmette par les mâles. On trouve dans le commerce une multitude de sélections, dont les prisées « tiger », « cobra », « blue » etc…
Références
Fishbase : https://fishbase.se/summary/Poecilia-wingei
- Description of Poecilia (Acanthophacelus) wingei n. sp. from the Paría
Peninsula, Venezuela, including notes on Acanthophacelus Eigenmann, 1907 and other subgenera of Poecilia Bloch and Schneider, 1801
(Teleostei, Cyprinodontiformes, Poeciliidae) : https://www.researchgate.net/publication/254912176_Description_of_Poecilia_Acanthophacelus_wingei_n_sp_from_Paria_Peninsula_Venezuela_including_notes_on_Acanthophacelus_Eigenmann_1907_and_other_subgenera_of_Poecilia_Bloch_and_Schneider_1801_Teleostei_
Fred. N. Poeser1, Michael Kempkes2, Isaäc J. H. Isbrücker

- IUCN : https://www.iucnredlist.org/species/177429528/177429532
- Diane Walstad : génétique des guppies : https://dianawalstad.com/wp-content/uploads/2023/05/guppy-genetics-2023.pdf
- Les souches de couleurs des guppies : http://www.petbh.com.br/guppy/wp-content/uploads/2017/12/Guppy-Color-Strains_Philip-Shaddock-1.pdf